Identité numérique : qui sommes-nous en ligne ?

Valérie Fernandez intervient ici sur la question de nos identités numériques. Qu’elles soient publiques ou privées, celles-ci se forment et se transforment à grande vitesse. Ce mouvement rapide soulève une myriade de questions, de responsabilité sociale et d’éthique notamment, qui nous concernent tous, que nos identités numériques soient actives ou passives.

C’est pour traiter ces questions, en commençant par celle de leur acceptabilité par le citoyen, que la chaire Identité numérique responsable s’est dotée d’un think tank qui rassemble des représentants des instances de régulation et de grandes entreprises.

Propos recueillis par Isabelle Mauriac

1. Une transformation sociotechnique de l’identité numérique

À mesure que nos vies se numérisent, une question s’impose : qui sommes-nous vraiment dans l’espace numérique ? Derrière nos écrans, notre identité en ligne, constituée de « fragments d’identité », ne cesse de se transformer, au rythme des technologies qui les façonnent. À ses débuts, Internet était un terrain de jeu de la construction du « moi numérique ». Dans les années 1990, chacun pouvait expérimenter, se réinventer derrière un pseudonyme ou un avatar. L’identité numérique relevait alors d’un bricolage libre, presque ludique. Mais avec l’essor des réseaux sociaux dans les années 2000, l’identité numérique devient un miroir : on s’y expose, on s’y compare, on y construit une image de soi mesurée à l’aune des « likes » et de la visibilité. Puis vient l’ère algorithmique. Désormais, notre identité ne se limite plus à ce que nous déclarons : elle est aussi calculée, déduite, anticipée. Nos clics, nos déplacements, nos préférences alimentent des systèmes qui dessinent un profil invisible, exploité à des fins économiques, informationnelles et politique.

2. Une dualité entre identités « gafamesques » et régaliennes

Dans ce paysage, deux forces structurent nos identités numériques. D’un côté, les grandes plateformes — Google, Apple, Meta, Amazon — portées par une logique économique, qui organisent nos usages et captent nos données. De l’autre, les États, qui cherchent à garantir des identités fiables et sécurisées avec des dispositifs, comme en France la carte d’identité biométrique et l’application France Identité et prochainement le Portefeuille européen d’identité numérique (European Digital Identity Wallet, souvent abrégé e-Wallet).

3. Une fragmentation des identités et des régimes de confiance

Les individus naviguent entre plusieurs identités (administré, consommateur, utilisateur de plateforme et de fait acteur social actif et passif), ce qui fragmente la figure du citoyen et crée des tensions entre efficacité privée et légitimité publique. La coexistence de ses fragments d’identité soulève également des interrogations : qui contrôle nos données ? À quelles fins ? Et avec quel degré de transparence ? L’acceptabilité des dispositifs repose souvent sur leur utilité concrète mais aussi une méconnaissance des technologies et de leurs implications. Cette situation traduit moins un consensus qu’un déficit de compréhension et de visibilité, renforcé par la complexité technique et institutionnelle.

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