{"id":23208,"date":"2026-08-18T18:04:05","date_gmt":"2026-08-18T17:04:05","guid":{"rendered":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/?post_type=actualite&#038;p=23208"},"modified":"2026-10-12T14:38:04","modified_gmt":"2026-10-12T13:38:04","slug":"marjane-satrapi-joann-sfar-lewis-trondheim-comment-latelier-nawak-a-change-la-bande-dessinee","status":"publish","type":"actualite","link":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/actualite\/marjane-satrapi-joann-sfar-lewis-trondheim-comment-latelier-nawak-a-change-la-bande-dessinee\/","title":{"rendered":"Marjane Satrapi, Joann Sfar, Lewis Trondheim\u2026 comment l\u2019atelier Nawak a chang\u00e9 la bande dessin\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-media-text is-stacked-on-mobile\" style=\"grid-template-columns:31% auto\"><figure class=\"wp-block-media-text__media\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"900\" height=\"675\" src=\"https:\/\/i3-cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/BD.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-23159 size-full\" srcset=\"https:\/\/i3-cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/BD.jpg 900w, https:\/\/i3-cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/BD-300x225.jpg 300w, https:\/\/i3-cnrs.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/09\/BD-150x113.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 900px) 100vw, 900px\" \/><\/figure><div class=\"wp-block-media-text__content\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Dans les ann\u00e9es\u00a01990, un petit atelier parisien de bande dessin\u00e9e r\u00e9unit, presque par hasard, plusieurs auteurs devenus depuis des figures majeures\u00a0: Marjane Satrapi, Joann Sfar, Christophe Blain, Emmanuel Guibert ou encore Lewis\u00a0Trondheim. Comment un lieu aussi ordinaire a-t-il pu devenir l\u2019un des symboles d\u2019un renouvellement majeur de la bande dessin\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Article de Pierre Poinsignon et Thomas Paris dans The conversation<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990, dans un local sombre de la rue Quincampoix, \u00e0 Paris, quelques auteurs de bande dessin\u00e9e partagent un espace de travail. Le lieu est modeste. Il n\u2019a ni manifeste, ni programme esth\u00e9tique, ni ambition collective clairement formul\u00e9e. Il s\u2019appelle Nawak, presque par plaisanterie, apr\u00e8s une remarque lanc\u00e9e lors d\u2019une soir\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est nawak&nbsp;!&nbsp;\u00bb (une expression famili\u00e8re qui signifie \u00ab&nbsp;n\u2019importe quoi&nbsp;\u00bb).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pourtant, quelques ann\u00e9es plus tard, cet atelier sera associ\u00e9 \u00e0 certains des noms les plus importants de la bande dessin\u00e9e francophone contemporaine&nbsp;: Lewis&nbsp;Trondheim, Joann Sfar, Christophe Blain, Emmanuel Guibert, \u00c9mile&nbsp;Bravo, David&nbsp;B., Marjane Satrapi, Nicolas de Cr\u00e9cy, Fr\u00e9d\u00e9ric Boilet ou encore Marc&nbsp;Boutavant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comment expliquer qu\u2019un simple lieu de travail partag\u00e9 soit devenu, dans les r\u00e9cits du secteur, l\u2019un des berceaux de la \u00ab&nbsp;Nouvelle Bande dessin\u00e9e&nbsp;\u00bb&nbsp;? L\u2019atelier Nawak a-t-il r\u00e9ellement produit ce renouvellement&nbsp;? ou a-t-il surtout r\u00e9v\u00e9l\u00e9, concentr\u00e9 et rendu visible une transformation d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019\u0153uvre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est cette question que nous avons explor\u00e9e \u00e0 partir d\u2019une recherche men\u00e9e sur <a href=\"https:\/\/journaleska.com\/index.php\/eeh\/article\/view\/11334\">l\u2019histoire de l\u2019atelier Nawak<\/a>, fond\u00e9e sur 17&nbsp;entretiens avec des auteurs et autrices pass\u00e9s par ce lieu, compl\u00e9t\u00e9s par des sources secondaires, des archives \u00e9ditoriales et des documents visuels.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un secteur tr\u00e8s codifi\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour comprendre le r\u00f4le de Nawak, il faut revenir \u00e0 la situation de la bande dessin\u00e9e fran\u00e7aise au d\u00e9but des ann\u00e9es&nbsp;1990. Le secteur est alors largement structur\u00e9 autour de grandes maisons d\u2019\u00e9dition, comme Dargaud, Dupuis, Casterman ou Le Lombard. Le mod\u00e8le dominant repose sur des formats tr\u00e8s codifi\u00e9s&nbsp;: albums cartonn\u00e9s de 46&nbsp;pages, s\u00e9ries \u00e0 h\u00e9ros r\u00e9currents, narration claire, couleur, lisibilit\u00e9 commerciale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce mod\u00e8le n\u2019emp\u00eache n\u00e9anmoins pas toute exp\u00e9rimentation. Des revues ou maisons, comme <em>M\u00e9tal Hurlant<\/em>, <em>\u00c0 suivre<\/em> ou <em>Futuropolis<\/em>, ont d\u00e9j\u00e0 ouvert d\u2019autres voies. Mais, pour beaucoup de jeunes auteurs, l\u2019acc\u00e8s aux circuits \u00e9ditoriaux reste difficile. Les projets trop personnels, trop graphiques, trop autobiographiques ou trop \u00e9loign\u00e9s des codes commerciaux sont souvent jug\u00e9s invendables.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce sentiment de d\u00e9calage conduit une partie de cette g\u00e9n\u00e9ration vers des maisons ind\u00e9pendantes, comme L\u2019Association, cr\u00e9\u00e9e en 1990, ou Corn\u00e9lius, cr\u00e9\u00e9e en 1991. Ces structures offrent un espace \u00e0 des formes plus libres&nbsp;: r\u00e9cits autobiographiques, noir et blanc, formats atypiques, dessin moins acad\u00e9mique, sujets intimes ou politiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La <a href=\"https:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb41868513w\">\u00ab&nbsp;Nouvelle Bande dessin\u00e9e&nbsp;\u00bb<\/a> ne na\u00eet donc pas d\u2019un seul lieu, ni d\u2019un seul groupe. Elle correspond plut\u00f4t \u00e0 une transformation progressive des conventions du secteur. Mais l\u2019atelier Nawak va en devenir l\u2019un des points de cristallisation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un atelier n\u00e9 par n\u00e9cessit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire de Nawak commence en 1991, dans un ancien local de l\u2019\u00e9diteur Guy&nbsp;Delcourt, situ\u00e9 \u00e0 Paris, rue Quincampoix. Celui-ci souhaite conserver la location sans y installer sa maison d\u2019\u00e9dition. Il propose alors au sc\u00e9nariste et dessinateur Thierry Robin d\u2019y cr\u00e9er un atelier partag\u00e9. La logique est d\u2019abord mat\u00e9rielle&nbsp;: il faut r\u00e9unir assez d\u2019auteurs pour payer le loyer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une premi\u00e8re \u00e9quipe se forme&nbsp;: Thierry Robin, Brigitte Findakly, Lewis&nbsp;Trondheim, Karim Bensemane, Dominique H\u00e9rody et Laurent Vicomte. Rien ne ressemble alors \u00e0 une avant-garde organis\u00e9e. Le local est petit, peu confortable, parfois sombre. Mais il offre quelque chose de d\u00e9cisif&nbsp;: une table, un espace, une adresse dans Paris, et la possibilit\u00e9 de ne plus travailler seul chez soi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les auteurs ne rejoignent pas Nawak pour participer \u00e0 un mouvement artistique. Ils cherchent un lieu o\u00f9 travailler, maintenir une routine, rencontrer d\u2019autres auteurs, voir des planches en cours, discuter de narration, de dessin, d\u2019\u00e9dition.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019atelier fonctionne sans r\u00e8gle formelle. Les arriv\u00e9es se font par relations personnelles, bouche-\u00e0-oreille, disponibilit\u00e9 d\u2019une place. Il ne s\u2019agit pas d\u2019un collectif au sens fort, encore moins d\u2019une \u00e9cole esth\u00e9tique. Les auteurs ont des styles, des ambitions et des trajectoires tr\u00e8s diff\u00e9rentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui rend le cas int\u00e9ressant. Nawak n\u2019est pas un manifeste. C\u2019est un espace de travail ordinaire, mais travers\u00e9 par des trajectoires extraordinaires.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une proximit\u00e9 sans programme commun<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En 1995, <a href=\"https:\/\/www.ina.fr\/ina-eclaire-actu\/en-1998-dans-l-atelier-communautaire-du-dessinateur-de-bd-joann-sfar\">l\u2019atelier d\u00e9m\u00e9nage place des Vosges<\/a>. Il devient alors l\u2019atelier des Vosges, m\u00eame si beaucoup continuent \u00e0 parler de Nawak. Le lieu est plus vaste, plus lumineux, plus prestigieux. Mais l\u2019esprit reste le m\u00eame&nbsp;: pas de r\u00e8gles explicites, pas de direction artistique, pas de projet collectif impos\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette proximit\u00e9 produit n\u00e9anmoins des effets. Plusieurs \u0153uvres majeures sont con\u00e7ues ou r\u00e9alis\u00e9es dans cette p\u00e9riode de cohabitation. Lewis Trondheim travaille \u00e0 <em>Lapinot<\/em> et \u00e0 ses <em>Carottes de Patagonie<\/em>. Emmanuel Guibert et Joann&nbsp;Sfar collaborent sur <em>la Fille du professeur<\/em>. Marjane Satrapi r\u00e9alise <em>Persepolis<\/em>, publi\u00e9 \u00e0 partir de 2000 par L\u2019Association.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il ne faut pas en conclure que ces \u0153uvres sont le produit direct de l\u2019atelier. Les collaborations existent, mais elles restent ponctuelles. L\u2019atelier n\u2019est pas une fabrique collective au sens strict.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Son r\u00f4le est plus discret. Il rend visibles des mani\u00e8res de travailler diff\u00e9rentes. Il permet de voir que d\u2019autres auteurs prennent des risques, inventent des formats, s\u2019autorisent des r\u00e9cits atypiques. Il cr\u00e9e une forme d\u2019\u00e9mulation, sans imposer de norme commune.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Quand le lieu devient un label<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le basculement se produit lorsque plusieurs auteurs pass\u00e9s par Nawak acc\u00e8dent \u00e0 une reconnaissance critique, \u00e9ditoriale et m\u00e9diatique. <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/archives\/article\/2003\/06\/24\/marjane-satrapi-dessine-la-vie-de-l-iran_325158_1819218.html\">Les prix s\u2019accumulent<\/a>. <a href=\"https:\/\/www.lemonde.fr\/bande-dessinee\/article\/2015\/08\/19\/les-abeilles-dessinatrices-de-la-place-des-vosges_4729722_4420272.html\">Les journalistes s\u2019int\u00e9ressent au lieu<\/a>. Les \u00e9diteurs viennent voir ce qui s\u2019y passe. Des auteurs jusque-l\u00e0 per\u00e7us comme marginaux deviennent des figures centrales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cas de <em>Persepolis<\/em> est embl\u00e9matique. Publi\u00e9 chez L\u2019Association \u00e0 partir de 2000, le r\u00e9cit autobiographique de Marjane Satrapi d\u00e9passe rapidement les fronti\u00e8res habituelles de la bande dessin\u00e9e. L\u2019\u0153uvre conna\u00eet un succ\u00e8s international et montre que des formes auparavant jug\u00e9es trop singuli\u00e8res peuvent rencontrer un large public.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir de ce moment, le regard des grandes maisons d\u2019\u00e9dition change. Elles cr\u00e9ent ou renforcent des collections plus ouvertes \u00e0 l\u2019exp\u00e9rimentation. Dargaud lance \u00ab&nbsp;Poisson Pilote&nbsp;\u00bb en 2000. Gallimard cr\u00e9e \u00ab&nbsp;Bayou&nbsp;\u00bb en 2005 sous la direction de Joann&nbsp;Sfar. Les formats se diversifient. Les r\u00e9cits autobiographiques, litt\u00e9raires ou graphiquement plus libres trouvent davantage de place.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nawak devient alors autre chose qu\u2019un atelier. Il devient un signe. \u00catre pass\u00e9 par ce lieu fonctionne comme un indicateur informel de singularit\u00e9. Les \u00e9diteurs, les journalistes et les prescripteurs du secteur relisent r\u00e9trospectivement l\u2019atelier comme le foyer d\u2019un renouvellement esth\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce ph\u00e9nom\u00e8ne peut \u00eatre appel\u00e9 un effet d\u2019\u00e9clairage. Ce n\u2019est pas parce que Nawak se serait pens\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part comme un lieu majeur qu\u2019il le devient. C\u2019est parce que plusieurs auteurs reconnus y sont pass\u00e9s que le lieu est ensuite requalifi\u00e9 comme important. La r\u00e9ussite des \u0153uvres \u00e9claire le lieu en retour.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Berceau ou r\u00e9v\u00e9lateur&nbsp;?<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La question pos\u00e9e par Nawak est donc moins simple qu\u2019il n\u2019y para\u00eet. A-t-il \u00e9t\u00e9 le berceau de la Nouvelle Bande dessin\u00e9e&nbsp;? Oui, si l\u2019on entend par l\u00e0 un espace o\u00f9 plusieurs auteurs majeurs ont travaill\u00e9, \u00e9chang\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9 des \u0153uvres importantes. Non, si l\u2019on imagine un lieu fondateur, organis\u00e9 autour d\u2019un projet esth\u00e9tique commun.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nawak a surtout \u00e9t\u00e9 un r\u00e9v\u00e9lateur. Il a concentr\u00e9, \u00e0 un moment donn\u00e9, des trajectoires qui participaient d\u00e9j\u00e0 \u00e0 une transformation plus large du secteur. Il a permis \u00e0 des auteurs situ\u00e9s \u00e0 la marge des circuits dominants de se c\u00f4toyer, de se renforcer et, progressivement, d\u2019\u00eatre identifi\u00e9s comme appartenant \u00e0 une m\u00eame g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce processus montre que les industries culturelles ne se transforment pas seulement par de grandes d\u00e9cisions \u00e9ditoriales, des politiques publiques ou des innovations techniques. Elles changent aussi par des configurations locales, fragiles et contingentes&nbsp;: un local disponible, un loyer \u00e0 partager, quelques auteurs qui se connaissent, des conversations quotidiennes, des \u0153uvres qui circulent.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Une reconfiguration du secteur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire de Nawak \u00e9claire ainsi un m\u00e9canisme plus g\u00e9n\u00e9ral dans les industries culturelles et cr\u00e9atives. Des lieux modestes, informels, peu institutionnalis\u00e9s, peuvent acqu\u00e9rir une importance consid\u00e9rable lorsqu\u2019ils se trouvent associ\u00e9s \u00e0 des trajectoires cr\u00e9atives reconnues.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le cas de la bande dessin\u00e9e, cette dynamique accompagne une transformation profonde&nbsp;: mont\u00e9e en l\u00e9gitimit\u00e9 du roman graphique, reconnaissance de r\u00e9cits autobiographiques, diversification des formats, d\u00e9placement des fronti\u00e8res entre bande dessin\u00e9e populaire, litt\u00e9rature et art contemporain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les auteurs pass\u00e9s par Nawak ont contribu\u00e9 \u00e0 rendre publiables des formes auparavant jug\u00e9es p\u00e9riph\u00e9riques. Ils ont particip\u00e9 \u00e0 red\u00e9finir ce qu\u2019un \u00e9diteur pouvait accepter, ce qu\u2019un festival pouvait consacrer, ce qu\u2019un lecteur pouvait attendre de la bande dessin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">L\u2019ordinaire et le mythe<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que montre finalement l\u2019histoire de Nawak, c\u2019est le d\u00e9calage entre la banalit\u00e9 initiale d\u2019un lieu et la valeur symbolique qu\u2019il peut acqu\u00e9rir apr\u00e8s coup. Pour ses membres, l\u2019atelier \u00e9tait d\u2019abord un endroit o\u00f9 poser ses planches et travailler. Pour le secteur, il est devenu progressivement un rep\u00e8re, puis presque un mythe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette transformation rappelle que les mondes de l\u2019art ont besoin de r\u00e9cits pour comprendre leurs propres changements. Lorsqu\u2019un secteur se reconfigure, il cherche des lieux, des noms, des moments pour donner forme \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9. Nawak a rempli cette fonction.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019atelier Nawak n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 seulement un d\u00e9cor. Il n\u2019a pas non plus \u00e9t\u00e9 une cause unique. Il a \u00e9t\u00e9 un espace d\u2019agr\u00e9gation, de visibilit\u00e9 et de relecture. Un lieu ordinaire devenu, par les trajectoires qu\u2019il a r\u00e9unies et les r\u00e9cits qui se sont ensuite attach\u00e9s \u00e0 lui, l\u2019un des symboles d\u2019une nouvelle mani\u00e8re de faire de la bande dessin\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans les ann\u00e9es\u00a01990, un petit atelier parisien de bande dessin\u00e9e r\u00e9unit, presque par hasard, plusieurs auteurs devenus depuis des figures majeures\u00a0: Marjane Satrapi, Joann Sfar, Christophe Blain, Emmanuel Guibert ou [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"featured_media":23159,"template":"","meta":{"_acf_changed":true},"class_list":["post-23208","actualite","type-actualite","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","entry","has-media"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/actualite\/23208","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/actualite"}],"about":[{"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/actualite"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23159"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=23208"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}