{"id":11454,"date":"2018-11-06T09:48:42","date_gmt":"2018-11-06T08:48:42","guid":{"rendered":"http:\/\/i3.cnrs.fr\/en\/?post_type=tribe_events&#038;p=11454"},"modified":"2018-11-22T09:55:15","modified_gmt":"2018-11-22T08:55:15","slug":"pour-le-consommateur-la-concurrence-parfaite-serait-lenfer-interview-of-francois-leveque","status":"publish","type":"actualite","link":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/actualite\/pour-le-consommateur-la-concurrence-parfaite-serait-lenfer-interview-of-francois-leveque\/","title":{"rendered":"&#8220;Pour le consommateur, la concurrence parfaite serait l&#8217;enfer&#8221; interview of Francois L\u00e9v\u00eaque"},"content":{"rendered":"<p>La concurrence est un concept que l&#8217;on croit comprendre. Pourtant, elle se cache sous de multiples habits: dans les prix, mais aussi l&#8217;innovation, la diff\u00e9rentiation, la distribution des produits, etc. Avec son dernier livre sur les &#8220;habits neufs de la concurrence&#8221;, Fran\u00e7ois L\u00e9v\u00eaque, nous fait visiter la garde-robe d&#8217;une des reines du monde \u00e9conomique. Le consommateur lambda per\u00e7oit surtout dans la concurrence la diff\u00e9rence de prix qu&#8217;il observe pour un m\u00eame produit dans les rayons du supermarch\u00e9 A et du supermarch\u00e9 B. Mais en r\u00e9alit\u00e9, la concurrence prend des formes tr\u00e8s diverses.<\/p>\n<p>Professeur d&#8217;\u00e9conomie \u00e0 Mines-Paris Tech (la fameuse &#8220;Ecole des Mines&#8221;), Fran\u00e7ois L\u00e9v\u00eaque nous fait d\u00e9couvrir dans Les habits neufs de la concurrence, un livre \u00e0 la fois p\u00e9dagogique, plaisant et tr\u00e8s document\u00e9, les multiples facettes que peut prendre la comp\u00e9tition \u00e9conomique. &#8220;J&#8217;avais envie, explique-t-il, d&#8217;inverser les manuels d&#8217;\u00e9conomie qui posent les principes, les mod\u00e8les, les th\u00e9or\u00e8mes, les concepts, les d\u00e9finitions et ne donnent ensuite un exemple que dans un petit encadr\u00e9. Dans ce livre, je pars au contraire d&#8217;exemples pour expliquer les principes et la th\u00e9orie. Je d\u00e9sirais aussi \u00e9crire un ouvrage qui ne soit pas normatif. Je voulais montrer le fonctionnement de la concurrence, sans l&#8217;encenser, ni la diaboliser.&#8221;Premi\u00e8re le\u00e7on : celle relative \u00e0 la concurrence parfaite, qui suppose un grand nombre d&#8217;acheteurs et de vendeurs, un produit homog\u00e8ne et la possibilit\u00e9 d&#8217;entrer et de sortir librement du march\u00e9. Selon Fran\u00e7ois L\u00e9v\u00eaque, une image fauss\u00e9e, et sans doute pas souhaitable&#8230;<\/p>\n<p><strong>TRENDS-TENDANCES. Vous dites que la concurrence parfaite, ce serait l&#8217;enfer des consommateurs ! Pourquoi ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois L\u00e9v\u00eaque<\/strong> Dans un tel mod\u00e8le, les tarifs seraient certes tr\u00e8s bas, ce qui serait b\u00e9n\u00e9fique pour les consommateurs. Mais tout le monde aurait la m\u00eame voiture, le m\u00eame t\u00e9l\u00e9phone, etc. Parce que les entreprises ne se r\u00e9gleraient finalement que sur les prix pour ajuster leur production. La concurrence parfaite nous ferait donc vivre dans un monde uniforme, emp\u00eacherait l&#8217;innovation, le progr\u00e8s technique, etc. Dans la r\u00e9alit\u00e9, il existe certes des march\u00e9s tr\u00e8s concurrentiels, comme le march\u00e9 boursier, le march\u00e9 de gros de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 ou le march\u00e9 des containers. Mais les entreprises se battent aussi \u00e0 coup de diversification, de baisse des co\u00fbts de leurs produits, etc., et ce afin d&#8217;avoir un avantage sur les autres.Partager Pour moi, il y a aujourd&#8217;hui moins de concurrence. Je le vois \u00e0 quelques signes : l&#8217;accroissement des profits des entreprises, la concentration accrue, la r\u00e9duction du nombre de nouveaux entrants.<\/p>\n<p><strong>Avec des cas parfois contre-intuitifs. Vous expliquez dans votre livre que l&#8217;alliance de deux producteurs en situation de monopole, comme par exemple un producteur de planches de ski et un producteur de fixations, peut \u00eatre b\u00e9n\u00e9fique pour le consommateur.<\/strong><\/p>\n<p>C&#8217;est ce qu&#8217;explique un \u00e9conomiste dont je suis fan : Antoine-Augustin Cournot. Aux alentours des ann\u00e9es 1840, il s&#8217;est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l&#8217;oligopole, ces march\u00e9s qui ne rassemblent qu&#8217;un petit nombre de producteurs. Il a montr\u00e9 dans un th\u00e9or\u00e8me que si deux entreprises qui produisent des biens compl\u00e9mentaires en situation de monopole fusionnent, leurs actionnaires b\u00e9n\u00e9ficieront d&#8217;un profit plus \u00e9lev\u00e9 mais les consommateurs y gagneront aussi gr\u00e2ce \u00e0 un prix plus bas. En l&#8217;occurrence, ici, des skis complets, soit des planches et des fixations, moins chers que les deux produits additionn\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Et cela s&#8217;observe dans la r\u00e9alit\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Pour une raison assez simple. Sur le papier, une entreprise en situation de monopole peut fixer le prix qu&#8217;elle veut, elle pourrait m\u00eame demander un milliard de dollars&#8230; mais elle ne vendrait rien. Car lorsqu&#8217;une entreprise augmente son prix, certains consommateurs arr\u00eatent d&#8217;acheter. En fusionnant, ces deux entreprises de biens compl\u00e9mentaires ont donc tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 baisser les prix afin que davantage de clients ach\u00e8tent leurs produits et leur permettent de r\u00e9aliser un b\u00e9n\u00e9fice plus important. C&#8217;est ce qui explique pourquoi, par exemple, Luxottica (leader mondial de la monture de lunettes) et Essilor (plus grand fabricant de verres ophtalmiques du monde) ont fusionn\u00e9, et que c&#8217;est une bonne nouvelle pour les myopes et les presbytes.<\/p>\n<p><strong>Une autre id\u00e9e re\u00e7ue \u00e0 laquelle vous tordez le cou est que Coca-Cola et Pepsi se feraient une guerre sans piti\u00e9. Pourquoi ?<\/strong><\/p>\n<p>Parce que la concurrence n&#8217;est pas un jeu \u00e0 somme nulle o\u00f9 l&#8217;un prendrait des parts de march\u00e9 \u00e0 l&#8217;autre. Il ne faut pas avoir une vision statique de la concurrence, mais dynamique. Coca et Pepsi sont confront\u00e9s surtout au recul de la consommation des boissons au go\u00fbt de cola, et le terrain de jeu de la concurrence se d\u00e9place. Coca-Cola par exemple vient d&#8217;annoncer le rachat d&#8217;une cha\u00eene de caf\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>En fait, la concurrence ne s&#8217;exprime pas uniquement par les prix ?<\/strong><\/p>\n<p>Non. Elle existe bien s\u00fbr, mais la concurrence s&#8217;exprime aussi par l&#8217;innovation &#8211; je pense au march\u00e9 des m\u00e9dicaments &#8211; et par la diff\u00e9renciation, qui est un \u00e9l\u00e9ment tr\u00e8s important que les gens pourtant ne voient pas. Ils sont bien s\u00fbr conscients que lorsqu&#8217;ils vont au supermarch\u00e9, ils trouvent diff\u00e9rentes liti\u00e8res pour chats ou diff\u00e9rentes marques de c\u00e9r\u00e9ales. Mais ils ne voient pas que la &#8221; substituabilit\u00e9 &#8221; de chacun de ces produits est r\u00e9duite : une liti\u00e8re n&#8217;est pas l&#8217;autre, il en existe des plus absorbantes, v\u00e9g\u00e9tales, sans odeur, etc. Et cette diff\u00e9renciation conf\u00e8re \u00e0 celui qui poss\u00e8de une marque forte et un produit distinct le pouvoir d&#8217;augmenter son prix. Certes, elle r\u00e9duit la concurrence, ce qui peut avoir un c\u00f4t\u00e9 n\u00e9gatif, mais permet aussi de rencontrer les go\u00fbts h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes des gens. On assiste d&#8217;ailleurs \u00e0 l&#8217;\u00e9mergence d&#8217;une &#8221; hyper diff\u00e9renciation &#8220;, une strat\u00e9gie o\u00f9 les entreprises jouent \u00e0 diff\u00e9rencier toujours davantage leurs produits afin d&#8217;\u00e9viter l&#8217;entr\u00e9e d&#8217;un concurrent dans leur march\u00e9. Kellogg&#8217;s et General Mills proposent ainsi de multiples marques de c\u00e9r\u00e9ales pour petit-d\u00e9jeuner afin de saturer le march\u00e9 et d&#8217;emp\u00eacher l&#8217;entr\u00e9e d&#8217;un concurrent.<\/p>\n<p><strong>Au final, le but de toute entreprise serait donc de chercher \u00e0 avoir un monopole ?<\/strong><\/p>\n<p>Je dirais plut\u00f4t : \u00e0 avoir un avantage concurrentiel. Les entreprises cherchent \u00e0 obtenir une position dominante. Et heureusement, car la poursuite de cet objectif est un stimulus tr\u00e8s fort de la croissance \u00e9conomique. C&#8217;est l&#8217;espoir d&#8217;avoir une part de march\u00e9 et des profits sup\u00e9rieurs qui pousse les entreprises \u00e0 multiplier les efforts de recherche et d\u00e9veloppement, \u00e0 am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de leurs produits et leurs processus afin de r\u00e9duire leurs co\u00fbts. Et la position dominante n&#8217;est pas sanctionnable en soi. Ce qui l&#8217;est, c&#8217;est l&#8217;abus de position dominante.<\/p>\n<p><strong>Justement, dans les condamnations pour abus de position dominante, l&#8217;Union europ\u00e9enne est-elle plus s\u00e9v\u00e8re qu&#8217;ailleurs ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. La Commission europ\u00e9enne est moins laxiste que les autorit\u00e9s de la concurrence am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p><strong>Et c&#8217;est bon pour l&#8217;\u00e9conomie europ\u00e9enne ?<\/strong><\/p>\n<p>Je le pense. L&#8217;autorit\u00e9 de la concurrence lutte contre les cartels. Avec un arsenal limit\u00e9 toutefois car, aux Etats-Unis, les autorit\u00e9s peuvent emprisonner les coupables. Elle lutte aussi contre l&#8217;abus de position dominante. Ce sont des dossiers compliqu\u00e9s (Google, Gazprom, etc.) mais relativement peu nombreux. L&#8217;Europe fait aussi son travail dans le domaine des fusions et acquisitions. Ce n&#8217;est pas la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du droit de la concurrence en Europe qui est la cause de l&#8217;absence de champion europ\u00e9en.<\/p>\n<p><strong>Quelles sont les causes, alors ?<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du march\u00e9 europ\u00e9en, compar\u00e9 aux march\u00e9s am\u00e9ricain ou chinois. Entre pays europ\u00e9ens, les langues, les cultures sont diff\u00e9rentes. Les r\u00e9glementations diff\u00e8rent aussi. Il y a donc beaucoup moins de possibilit\u00e9s d&#8217;\u00e9conomie d&#8217;\u00e9chelle.<\/p>\n<p><strong>Votre livre parle des habits neufs de la concurrence. Cela signifie qu&#8217;il y a d&#8217;autres formes de concurrence qui sont apparues ces derniers temps ?<\/strong><\/p>\n<p>Il n&#8217;y a pas de changement de nature &#8211; la concurrence par l&#8217;innovation a toujours exist\u00e9 &#8211; mais des changements d&#8217;\u00e9chelle. Avec Internet, qui permet une diffusion globale, mais aussi le container, qui a fortement r\u00e9duit le co\u00fbt des transports, le terrain de jeu est d\u00e9sormais la plan\u00e8te. Il y a 50 ans, un constructeur automobile allemand se disait : &#8221; Pourquoi ne vendrais-je pas mes voitures en France ? &#8220;. Et le constructeur fran\u00e7ais se posait la m\u00eame question. Aujourd&#8217;hui, beaucoup d&#8217;entreprises ont une position dominante globale. Elles sont fortes partout. Elles peuvent se reposer sur des \u00e9conomies d&#8217;\u00e9chelle gigantesques et vendre \u00e0 des co\u00fbts unitaires plus faibles. D\u00e8s lors, pour les nouveaux entrants, les barri\u00e8res \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e sont plus hautes. Il est plus hasardeux de contester une entreprise qui a des positions fortes au niveau mondial.<\/p>\n<p><strong>Il y aurait moins de concurrence aujourd&#8217;hui que par le pass\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n<p>Le sujet est controvers\u00e9. Personnellement, je suis effectivement plut\u00f4t d&#8217;avis qu&#8217;il y en a moins, en me reposant sur quelques signes : l&#8217;accroissement des profits des entreprises, la concentration accrue, la r\u00e9duction du nombre de nouveaux entrants.<\/p>\n<p><strong>On pense surtout aux Gafa&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Oui mais pas seulement. En r\u00e9alit\u00e9 l&#8217;apparition de ce que l&#8217;on nomme &#8220;les entreprises superstars&#8221; est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui s&#8217;observe dans tous les secteurs et pas uniquement dans le monde digital. Je pense aussi \u00e0 Lego, Ikea, etc. Ces entreprises ont des parts de march\u00e9, une productivit\u00e9, des salaires moyens plus \u00e9lev\u00e9s. Les \u00e9conomistes ont r\u00e9fl\u00e9chi sur le sujet. Alfred Marshall <em>(\u00e9conomiste anglais mort en 1924, consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re fondateur de l&#8217;\u00e9cole n\u00e9oclassique, Ndlr )<\/em> observait qu&#8217;\u00e0 son \u00e9poque, la chanteuse d&#8217;op\u00e9ra la plus adul\u00e9e n&#8217;avait pas une part de march\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 celle des autres cantatrices, car le nombre de repr\u00e9sentations qu&#8217;elle pouvait donner \u00e9tait limit\u00e9. Elle remplissait seulement un peu mieux les salles et jouait plus souvent dans de plus grandes salles que ses consoeurs. Aujourd&#8217;hui, gr\u00e2ce aux techniques de reproduction, elle peut s&#8217;adresser \u00e0 l&#8217;enti\u00e8ret\u00e9 de la plan\u00e8te. En outre, ces entreprises superstars affichent un \u00e9cart croissant de leurs b\u00e9n\u00e9fices, de leur productivit\u00e9, de leurs salaires moyens par rapport aux autres. Et l&#8217;on relie ce fait \u00e0 la question des in\u00e9galit\u00e9s.Partager Avec l&#8217;ouverture des fronti\u00e8res, ce sont les entreprises globales qui mettent les Etats en concurrence. Il y a l\u00e0 un probl\u00e8me que la science \u00e9conomique n&#8217;a pas encore r\u00e9solu.<\/p>\n<p><strong>Comment ?<\/strong><\/p>\n<p>On a parfois tendance \u00e0 penser les in\u00e9galit\u00e9s en s&#8217;int\u00e9ressant aux revenus des m\u00e9nages et au r\u00f4le redistributif de l&#8217;Etat. Mais il existe aussi un autre joueur, qui s&#8217;appelle l&#8217;entreprise, qui distribue des dividendes et des salaires. Si la concurrence se r\u00e9duit, les prix aux consommateurs augmentent, et les profits croissent. Les m\u00e9nages qui ont les revenus les plus \u00e9lev\u00e9s en b\u00e9n\u00e9ficient car ils sont actionnaires d&#8217;une mani\u00e8re ou d&#8217;une autre. Au contraire, les m\u00e9nages aux revenus les plus faibles n&#8217;\u00e9pargnent pas et consomment tout. Il y a donc un effet sur les in\u00e9galit\u00e9s \u00e0 travers ce m\u00e9canisme. En outre, et cela a \u00e9t\u00e9 r\u00e9cemment mis en \u00e9vidence aux Etats-Unis, la force principale de la croissance des in\u00e9galit\u00e9s n&#8217;est pas la croissance de l&#8217;\u00e9cart, au sein d&#8217;une m\u00eame firme, entre le salaire du patron et celui de ses employ\u00e9s, mais la croissance des \u00e9carts salariaux entre les diverses firmes. Enfin, des entreprises comme Ryanair ou Amazon, via leurs algorithmes, peuvent faire payer des prix diff\u00e9rents pour un m\u00eame bien ou service selon les individus. Elles parviennent \u00e0 tirer le maximum de la poche du consommateur, ce qui accro\u00eet encore les in\u00e9galit\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Le Brexit ou l&#8217;\u00e9lection de Donald Trump sont les signes d&#8217;une vague de repli sur soi. Cela veut-il dire que les gens estiment que la concurrence internationale est un mal ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. On le voit en France o\u00f9 la plupart ont une vision n\u00e9gative de la concurrence. Et c&#8217;est vrai, la concurrence n&#8217;apporte pas que des bienfaits. Des salari\u00e9s perdent leur emploi parce que leur entreprise ferme. Mais le populisme est li\u00e9 \u00e0 la concurrence entre territoires plut\u00f4t qu&#8217;entre entreprises. Or ce sont deux concurrences diff\u00e9rentes, car il y a de plus en plus d&#8217;entreprises globales. Aujourd&#8217;hui, avec l&#8217;ouverture des fronti\u00e8res, ce sont les entreprises globales qui mettent les Etats en concurrence pour accueillir leurs centres de recherche, leurs si\u00e8ges sociaux, une nouvelle implantation, etc. Il y a l\u00e0 un probl\u00e8me que la science \u00e9conomique n&#8217;a pas encore r\u00e9solu et qui consiste \u00e0 \u00e9tablir un lien entre la concurrence internationale et ces entreprises superstars. Vous trouvez des sp\u00e9cialistes de la concurrence, des sp\u00e9cialistes du commerce international, des sp\u00e9cialistes du march\u00e9 du travail, vous avez des mod\u00e8les pour comprendre comment des entreprises r\u00e9ussissent mieux que d&#8217;autres, mais ils n&#8217;int\u00e8grent pas la concurrence entre territoires. C&#8217;est un sujet que je compte aborder dans un prochain livre.<\/p>\n<p><strong>Le prix unique du livre, une bonne chose ?<\/strong><\/p>\n<p>La concurrence produit aussi des effets redistributifs parfois inattendus. Prenons par exemple la &#8220;loi Lang&#8221;, qui a instaur\u00e9 en France un prix unique du livre (un mod\u00e8le d\u00e9sormais effectif aussi en Belgique) dans le but de prot\u00e9ger les librairies ind\u00e9pendantes, de promouvoir la diversit\u00e9 de la production et d&#8217;instaurer une \u00e9galit\u00e9 entre les consommateurs, qu&#8217;ils habitent dans la campagne ou dans les grands centres urbains. Est-ce une bonne mesure ?&#8221;<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse n&#8217;est pas si simple, r\u00e9pond Fran\u00e7ois L\u00e9v\u00eaque, qui explique qu&#8217;au Royaume-Uni, o\u00f9 cette loi n&#8217;existe pas, la lib\u00e9ralisation a pour effet de faire baisser le prix des livres \u00e0 succ\u00e8s et augmenter celui des ouvrages plus confidentiels. Y appliquer un prix unique serait donc b\u00e9n\u00e9fique aux grands lecteurs qui se situent souvent dans la classe ais\u00e9e, mais n\u00e9faste \u00e0 ceux qui ne lisent que des best-sellers, et qu&#8217;on trouve davantage dans les classes modestes.&#8221; Il y a donc parfois des effets qui vont \u00e0 l&#8217;inverse de ce que l&#8217;on voudrait r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>J&#8217;entendais il y a trois mois les gens se r\u00e9jouir des beaux profits de la Fran\u00e7aise des jeux, et sa pr\u00e9sidente se f\u00e9liciter d&#8217;avoir trouv\u00e9 le moyen de faire jouer les jeunes. Mais il faudrait plut\u00f4t en \u00eatre pein\u00e9 car ce sont les gens \u00e0 faibles revenus qui ont proportionnellement tendance \u00e0 jouer davantage et \u00e0 d\u00e9penser dans le jeu une part plus importante de leurs revenus &#8220;.<\/p>\n<p>De plus, indique-t-il, la Fran\u00e7aise des jeux, qui a le monopole des jeux de grattage et de tirage, retourne seulement 65 % du montant des paris qu&#8217;elle re\u00e7oit. Une proportion bien moindre que celle des casinos qui retournent 85 % des mises des joueurs. Les effets de la concurrence s&#8217;observent d\u00e9cid\u00e9ment partout&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.odilejacob.fr\/catalogue\/sciences-humaines\/management-entreprise\/habits-neufs-de-la-concurrence_9782738139177.php\">Fran\u00e7ois L\u00e9v\u00eaque, &#8220;Leshabits neufs de la concurrence&#8221;, 240 pages, \u00e9ditions OdileJacob, 24 euros.<\/a><\/p>\n<p>Avec l&#8217;aimable autorisation de Pierre-Henri Thomas. <a href=\"https:\/\/trends.levif.be\/economie\/entreprises\/pour-le-consommateur-la-concurrence-parfaite-serait-l-enfer\/article-normal-1044581.html\">Pour en savoir plus sur Le vif.be<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> Interview (in French) of Francois L\u00e9v\u00eaque by P.H. Thomas from Trends Tendances of the 25th October 2018<\/p>\n","protected":false},"featured_media":11453,"template":"","meta":{"_acf_changed":false},"class_list":["post-11454","actualite","type-actualite","status-publish","has-post-thumbnail","hentry","entry","has-media"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/actualite\/11454","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/actualite"}],"about":[{"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/types\/actualite"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media\/11453"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/i3-cnrs.fr\/en\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=11454"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}