PISA : ce que la théorie C-k révèle des idées des adolescents

Un article sur l’impact de la théorie cK sur les évaluations PISA accessible sur le site de Mines Paris- PSL

Depuis plus de vingt ans, le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) compare les performances des élèves de quinze ans dans le monde entier. Longtemps centrée sur les mathématiques, la compréhension de l’écrit ou les sciences, cette évaluation s’est enrichie en 2022 d’un nouveau domaine : la pensée créative.

L’objectif n’est plus seulement de savoir si un élève connaît la bonne réponse, mais d’évaluer sa capacité à produire des idées variées, originales et pertinentes face à une situation nouvelle. Une compétence devenue essentielle dans un monde confronté à des défis aussi complexes que les transitions écologique et numérique, les mutations industrielles ou encore l’IA.

Jusqu’à présent, les évaluations internationales reposaient principalement sur des indicateurs quantitatifs : combien d’idées un élève produit-il ? Sont-elles différentes les unes des autres ? Sont-elles rares par rapport aux réponses des autres participants ? Ces mesures permettent d’établir des classements, mais elles renseignent peu sur les mécanismes cognitifs qui conduisent à ces résultats. Deux élèves peuvent obtenir un score comparable tout en ayant suivi des raisonnements très différents. À l’inverse, une idée jugée « originale » dans un pays peut être tout à fait courante dans un autre, rendant les comparaisons internationales particulièrement délicates.

Pour dépasser ces limites, deux publications internationales parues en 2026 proposent de changer de perspective : plutôt que de mesurer uniquement les performances, elles cherchent à comprendre comment les adolescents construisent leurs idées.

Une théorie du design pour cartographier les idées

Pour cela, les chercheurs se sont appuyés sur la théorie Concept-Knowledge, plus connue sous le nom de théorie C-K. Développée au CGS par Armand Hatchuel, Benoît Weil, Pascal Le Masson et leurs collègues, cette théorie propose un modèle formel pour rendre compte des processus de génération (création, invention, innovation, nouvelles idées…). Elle est aujourd’hui largement utilisée dans les domaines du design, de l’ingénierie ou du management de l’innovation pour organiser collectivement l’émergence de concepts véritablement nouveaux et originaux.

Son principe est simple en apparence. Toute activité de conception repose sur une interaction permanente entre deux espaces. Le premier est celui des connaissances (Knowledge), c’est-à-dire tout ce que l’on sait déjà : les faits, les techniques, les expériences ou les règles disponibles. Le second est celui des concepts (Concept), qui rassemble des propositions encore indécidables, des idées dont on ne sait pas encore si elles sont réalisables, mais qui ouvrent de nouvelles possibilités – les chimères, les utopies, les imaginaires, les futurs désirables…

Concevoir consiste précisément à faire évoluer ces deux espaces simultanément et en interaction : mobiliser les connaissances existantes pour explorer des concepts qui n’existent pas encore et inversement s’inspirer des concepts pour créer des savoirs nouveaux. L’innovation naît de cette exploration progressive de l’inconnu.

Dans le cadre des évaluations PISA, cette théorie offre une possibilité nouvelle : construire une cartographie de l’ensemble des solutions imaginables avant même d’analyser les réponses des élèves. Les idées effectivement produites peuvent alors être situées dans cet espace de conception afin d’identifier les directions intellectuelles qu’elles explorent réellement – et aussi celles qui sont délaissées à cause de biais cognitifs à la créativité. Selon la publication intitulée Expanding Creativity Evaluation: Mapping Cognitive Flexibility and Fixation in PISA Assessments, l’enjeu n’est donc plus seulement de compter les idées, mais de comprendre les chemins empruntés par la pensée.

Retrouver la suite de l’article sur le site de Mines Paris PSL