En 1951, une jeune physicienne qui n’avait pas trente ans, Cécile DeWitt-Morette fonde, dans le village des Houches en Haute Savoie, une école d’été aux pratiques novatrices. Cette invention sociale va se révéler particulièrement adaptée à la nouvelle physique théorique – si déroutante et si exigeante – qui va se développer. Très vite, l’École de physique théorique des Houches s’impose comme une institution clé de la physique mondiale. Pierre-Gilles de Gennes, l’un des nombreux Prix Nobel à être passé par Les Houches, n’avait pas hésité à déclarer que l’École « a sauvé sa génération de physiciens ». Pourtant hors du cercle de la discipline, qui sait qu’un village de Haute Savoie accueille une institution légendaire de la physique ? Ce livre explore, pour la première fois, avec des cadres sociocognitifs inédits, les fonctionnements et les effets qui ont valu à l’École des Houches un prestige planétaire.

Cécile Morette DeWitt (1922-2017) fondatrice de l’Ecole des Houches fait partie des 72 femmes dont le nom va être inscrit sur la Tour Eiffel.
Après des études de mathématiques, physique et chimie, elle débute au CNRS dans le laboratoire des Joliot-Curie en 1944. Invitée à Princeton par Oppenheimer, elle épouse le physicien américain Bryce De Witt. Pour faire rayonner la physique française à l’international, elle fonde en 1951, avec Yves Rocard,
l’École de physique des Houches, une école d’été donnant des cours avancés de physique théorique et fréquentée par des étudiants de toute origine et par plusieurs futurs prix Nobel. Cette initiative a contribué aux échanges entre les chercheurs de différents pays après guerre tout en formant les jeunes.
Ce fort rayonnement de la physique française à l’international la conduit à être consultante à la Scientific Affairs Division de l’OTAN*. Ses travaux sont à la frontière entre mathématiques et physique théorique. Elle établit rigoureusement la notion d’intégrale sur les chemins de Feynman, la base de la physique quantique, et travaille sur les trous noirs et les arcs-en-ciel, mais aussi vérifie la théorie de la relativité d’Einstein lors d’une éclipse de Soleil
